CR : 1er triathlon – débutant – Tri at Bain – Avril 2018

Débuter en triathlon – partir de nul part pour arriver à un peu

C’est donc 4 jours après mon premier triathlon, les traits encore tirés par la fatigue, que je me décide à écrire ce compte-rendu pendant que les douleurs souvenirs sont encore frais dans ma tête.

Notez que ce CR n’a pas valeur de guide tant j’ai enchaîné les erreurs dans mes choix d’entraînement. Mais justement, c’est un récit probablement plus proche de la réalité d’un triathlète amateur qui se remet au sport que n’importe quel des guides que vous lirez forcément.

Commençons par un petit rappel du contexte.

Chéri, c’est une idée de merde

J’aurais pourtant dû me fier au regard de ma femme qui me hurlait : « pffff chéri, encore une idée à la con ». Certes, ma femme a toujours PARFOIS raison. Mais je n’ai pas pu résister. 3 ans après l’annonce de ma rémission à mon cancer dont le traitement m’a quelque peu fichu à genou, j’avais probablement un besoin irrépressible de me prouver à quel point j’étais une tête de mule bornée et têtu. Bon, et pour être honnête, ma silhouette penchant doucement vers la forme d’une barrique de vin, je me suis dit que c’était l’occasion de joindre l’utile au désagréable.

Plus jeune, j’étais du genre sportif. Mais plutôt Michel Petrucciani que Dwight Howard. Et puis comme beaucoup de gens, j’ai découvert la fac, ses interminables soirées à lever le coude et à refaire le monde, à bouffer 2kg de gras par jour sans prendre un gramme. L’approche inexorable des 40 ans m’a  décidé à montrer que je n’étais pas encore perdu pour la science et que j’étais capable de ressembler à Jean Lefebvre plutôt qu’à Michel Galabru.

Jean-Marc Pas serein

Que serait Zorro sans son fidèle Tornado hein ?

Objectif

C’est donc sans véritables repères que je me lance, en ce début octobre 2017, dans ce qui sera mon entraînement pour réaliser mon premier triathlon format Sprint. Mon objectif : finir et essayer de pas finir dernier [:eric-le looser] 

Entraînement 

Mon entraînement peut être découpé en 2 parties distinctes 

  • N’importe quoi pas trop intensif d’octobre à décembre 2017
  • N’importe quoi plus intensif de janvier à avril 2018

Le début est souvent la période plus douloureuse mais la plus motivante pour un débutant. On se fait mal mais on progresse de façon impressionnante. Dans ma tête, mon niveau initial était le suivant : 

  • Natation : bonne technique de nage, aucune puissance, aucune expérience en eau libre
  • Vélo : beaucoup de plaisir à en faire mais manque flagrant de puissance
  • CAP : gros point faible. Niveau Vétéran 8 cat déambulateur

Premier problème, les piscines par chez moi sont souvent blindées et difficile d’accès (peu d’horaire public, 50 nageurs par ligne,…). Je fais donc un premier choix totalement débile : après 2-3 sortie natation, j’estime que mon expérience suffira et que mon temps de 2mn/100m sur 2km suffira amplement.  
 
Deuxième souci, à partir de novembre jusqu’à avril, en Bretagne, faire du vélo en extérieur relève plus de la volonté d’en finir que d’un comportement d’une personne saine d’esprit. … Je me suis cependant décidé à acheter un Home Trainer pour continuer à rouler hors saison. De quoi tenter améliorer en particulier mon point faible : la puissance. 
 
Pour la course à pied, le challenge était plus gros. Je pense qu’à la reprise en octobre, je devais à peine valoir 7min/kilo. 1 semaine après la première sortie, je n’arrivais toujours pas à descendre les escaliers de chez moi autrement qu’en canard à cause des courbatures… 2 semaines plus tard, je terminais mon premier 10 kilomètres à 6’10 au kilo. Fin décembre, je performais à 5’10 au kilo sur 10k. Progression rapide et qui m’a permis de garder le moral et le cap. C’est très important parce que lorsque j’ai commencé à stagner dans ces temps là, j’ai senti ma motivation faire de même. 
 
Sur les 6 mois d’entraînement : 
76h d’entraînement soit environ 11h par mois. Probablement plus que ça car entrecoupé par des périodes assez longues de mauvaise santé m’empêchant de m’entrainer.  
1200 kilomètres cumulés dans les 3 sports 
 
Personnellement, j’estime que ma limite de plaisir personnel se situe pour le moment aux alentours de 4h/5h d’entraînement par semaine. Au-dessus, je rentre en surentraînement et je perds le plaisir de m’entraîner. Il est bien évident qu’avec une charge d’entraînement comme celle-ci, je ne deviendrais pas Mario Mola mais pour un débutant de 37 ans qui cherche le plaisir du triathlon, c’est amplement suffisant.

Jean-Michel la Galère en pleine démonstration

La course

1 semaine que je ronge mon frein sans faire une once de sport, j’arrive donc avec, à la fois, une envie certaine, mais aussi une terrible appréhension. Vais-je être à la hauteur ? Est-ce que je vais arriver au bout ? Faites que je ne me ridiculise pas en T1… 
 
220 partants sur le format S, départ 10H, je checke la météo la veille et confirme mes appréhensions : après 2 semaines de grand soleil, ce dimanche sera marqué par le froid, le vent et la pluie… Les pires conditions [:stukka:4] 
Sommeil très chaotique la nuit précédente. Je fais au moins 20 fois le parcours en rêve et je me lève entre-temps à 5h pour prendre un petit déj parce que j’arrive pu à dormir. Je me réveille à 7h, l’impression d’être passé sous un train de marchandise. Heureusement, j’ai préparé toutes mes affaires la veille. Je monte dans la voiture et roule jusqu’à Bain-de-Bretagne. 
L’organisation est déjà à pied d’œuvre. Je chope mon dossard, j’accroche la puce, les différents dossards, je mets ma trifonction et hop, direction parc à vélo ou j’installe proprement et de façon ordonnée mes affaires pour faciliter la T1. 
A 20 minutes du départ, tout le monde enfile sa combi et là, c’est le drame. Une saucée incroyable vient doucher tous les concurrents qui se demandent alors ce qu’ils sont venus faire dans cette galère. Même les tops niveau ont l’air inquiets. Les affaires de T1/T2 sont trempées, on commence à geler sur place. Un voisin me signale qu’il fait 6°C ressenti 4° sur son appli Météo France. Pour ne rien gâcher, les féminines mettent du temps à se mettre en place. On fera le pied de grue 10 minutes de plus le temps qu’elles partent devant. 10h10, on rentre dans la vase l’eau avant que la sirène ne retentisse [:takuya007:1] 

Je serais jamais rentré pour la rediff de Derrick à ce rythme là...

 

Natation

C’est parti pour 750m de grand n’importe quoi ou les gens se percutent, se frappent  [:laetitia plume:4]  Beaucoup sont obligés de repasser en brasse car l’eau de l’étang est tellement vaseuse et noire qu’on ne voit même pas nos mains. L’eau est à 14°C. Suffisamment frais pour que nous n’arrivions pas à réchauffer nos membres qui se sont refroidis pendant l’attente du départ. Pour ma part, je galère clairement. Je vais plus vite que ceux devant moi mais je n’arrive pas à m’extraire de la masse pour poser ma nage, je m’énerve. Je note qu’au passage, je vais parfois plus vite que les zozos devant rien qu'en brasse…  

Première bouée, c’est Stalingrad, j’en profite pour passer au large pour éviter le maelstrom. Sauf que je me suis cru un peu plus lucide et je pars décalé par rapport à la direction de la bouée suivante. Je mets du temps à m’en rendre compte. Ce que j’ai gagné à la bouée, je l’ai reperdu ensuite. Résultat des courses, je retombe derrière les 2 connards qui n’avancent pas et que je n’arrivais pas à doubler parce qu’ils zigzaguent… 

2ème bouée, je me dis que c’est le moment d’être rusé, je repère un mec un peu devant qui a une allure correcte, j’accélère et je me colle dans son sillage. Ça va vite, je pose ma nage, enfin. 100m plus loin je tape dans ses pieds, le mec s’est trompé de trajectoire, on a fait 150m de plus. Je me dis que ce n’est pas ma journée. Je finis en jetant plusieurs coup d’œil derrière, je ne vois quasiment personne derrière, je suis en mode panique. 
Je sors en 18’16. Ma montre m’indiquera 17’58 pour… 1024m réellement fait… Ce qui correspond à peu près, niveau distance, à mes zigzagueurs chéris que j'ai retrouvé sur Strava [:a t t i c u s:9]  

T1 

Je suis complètement frigorifié (comme tout le monde cependant), je rentre dans le parc à vélo, j’essaye de reprendre de la lucidité afin d’éviter les conneries. J’arrive sur mon emplacement, la serviette que j’avais mise pour protéger mes affaires est une serpillère, impossible de me sécher les pieds, je mets dans des chaussettes humides sur des pieds mouillés, youpi [:henri gaud l'eau:5] 
Je prends mon casque, un mec passe derrière moi dans la rangée, touche ma roue avant de façon assez violente et là, le drame, je vois ma selle qui tient le vélo en équilibre sur la barre, s’affaisser d’un gros cran…  [:dawadoc:2] 
Tanpis, je finis de me préparer et je pars pour le vélo. J’ai pas fait d’oublis ou de bêtises, je suis content. 3’02 

En fait là je fais mine d'en chier...

 

Vélo 

Je galère à monter sur mon vélo passé la ligne car les pédales sont ultra-glissantes et le départ en méchant faux-plat. Ma peur est confirmée dès les premiers mètres, ma selle s’est affaissée de 30° à peu près. J’hésite à faire un arrêt réparation mais je me dis que c’est inconfortable mais jouable. Il n’y a que 20 kilomètres. 
La partie vélo est un bon parcours de bâtard. Lors de la reco, les organisateurs se faisaient des sourires en coin en parlant du tracé. Déjà, la route est clairement dégueulasse. Des bonnes routes granuleuses qui te scotchent sur place avec trous partout. Ensuite un D+ très faibles mais des descentes importantes et tout le reste en faux plat casse-pattes. Un calvaire. Enfin, des conditions climatiques catastrophiques. La pluie redouble, il y a des bouses de vaches dans les virages qui diminuent encore l’adhérence, le vent souffle à 45km/h en rafale, souvent de face ou en latéral. Ce niveau de perversité [:pierrotledingue] 
Dans ce bordel, je tire mon épingle du jeu sur le plat et en montée. Mon venge vole par rapport au vélo des autres sur les portions de plat. Le no drafting m’avantage et je peux développer les watts. Dommage cependant, j’ai tendance à perdre mon avantage dans les descentes ou je roule prudent. Rétrospectivement, j’ai tendance à croire que j’ai eu raison. Une dizaine de chute au programme et une jeune fille qui finira à l’hôpital [:oui mais le passeport:1] 
J’ai la T2 en vue, j’ai pris mon pied, j’ai pas mal doublé. J’ai bouclé les 20km en 49 minutes. Par contre, je ne sens toujours pas mes doigts de pied… 

T2 

Je me suis un peu emmêlé les pinceaux à l’arrivée vélo faute d’expérience. J’ai bien enlevé mes scratchs mais j’ai mal anticipé la distance et aussi lieu d’enlever mes pieds des chaussures, je suis obligé de declipser [:eric le-looser] 
Tanpis, je rejoins mon emplacement tant bien que mal, je n’oublie rien et je pars pour les 5km de CAP. 1’05

Là, je sens que le contrôle antidopage va être complexe

Course à pied 

Faut être honnête, c’était la discipline ou j’étais le plus mauvais. Mon vrai point faible. Le parcours autour du lac est super sympa, la pluie baisse un peu. Je me dis que ce n’est pas le moment de partir en sucette si proche de l’arrivée. Je pose donc ma course doucement. Je cache ma montre afin de me baser uniquement sur mon ressenti et je déroule. Au bout de 1km, je commence à me faire doubler. Certains vont très très vite. Le moral commence à baisser [:moonblood11:1] 
Puis je me rends compte que beaucoup d’entre eux font partis du triathlon en relais [:basongwe]  
Ouf. Les jambes en deviennent d’un coup plus légères. Mais il fait toujours très très froid et les cuisses et mollets souffrent terriblement. Mes doigts de pieds sont de retour à 2km de l’arrivée, je me permets même de doubler 3 concurrents au bout de leur vie. En fait moi aussi je le suis mais je vois des amis qui sont venus en screud et qui m’encouragent au bord de la route [:moonblood3:8] 
Bien cool ! Je termine les 5km en 27 minutes soit 5’30 au kilo ce qui, au final, n'est pas si affreux que ça pour moi. 

J'ai l'air fatigué ? Meuh non. Allez ressers moi de cette bonne bière, c'est bon pour la récup !

Conclusion

 

Je termine mon premier S en 1 :36 :24 temps officiel. Un temps très moyen mais avec des conditions aussi affreuses, ce n’est pas forcément étonnant. Je finis classé 133ème/212

Quelques remarques générales :

  • J’ai hâte de tester un tri dans des conditions climatiques normales
  • J’aurais mieux fait de bosser un peu plus mon eau libre…
  • Le connard qui a percuté mon vélo, je te hais. Ma position sur la selle était horrible
  • Le parcours natation ne me convenait pas du tout pour débuter. Celui dans 15 jours est dans un canal donc y’a qu’à aller tout droit, ce sera bien mieux pour moi
  • Le home trainer  m’a énormément aidé cet hiver. Je vois à quel point j’arrive en meilleur condition que tous les mecs qui ont pas roulé depuis 6 mois
  • J'ai vraiment pris mon pied malgré les difficultés. Le tri, c'est la vie

 

Quelques conseils à destination des débutants avec le recul de cette prépa et de cette course :

  • Définissez bien votre objectif en amont : finir ? participer ? Faire un temps ? Cela va conditionner votre capacité d’entraînement
  • Vous débutez ? Ne vous lancez dans l’entraînement pas trop en amont de votre compétition. Vous allez forcément arriver à un moment ou vous vous lasserez de faire 4h/semaine. Il faut juste que ça n’arrive pas, comme moi, trop tôt avant la compét. J'arrivais clairement à saturation d'entraînement à 2 semaines du tri
  • 1 semaine de repos obligatoire avant la compétition pour faire du jus. C’est un ordre !
  • Si vous n’avez pas l’habitude de nager en eau libre, en combi ou si votre technique laisse quelque peu à désirer, prenez le réflexe de réaliser votre 1er triathlon en milieu de saison afin d’avoir le temps de faire 5/6 sorties en eau libre. J’ai choisi fin avril ce qui m’a mis en difficulté sur cette épreuve.
  • Vous n’avez personne avec qui vous entraîner en natation ? Suivez de près les facebook des organisateurs de Tri près de chez vous. Souvent, ils proposent des repérages pré-course en groupe. L’occasion de nager en groupe. Et cela, même si vous ne participez pas à la course
  • Je rappelle, à toute fin utile, qu’il est essentiel de faire ses sorties en eau libre au minimum à 2. On n’est jamais à l’abri d’un problème et on sait à quel point un drame peut se produire si on est seul au milieu d’un lac…
  • Faire quelques courses à pied autour de chez vous histoire de tester les conditions de compét peuvent être toujours sympa. L’ambiance est généralement bien détendue et on prend plaisir tout en testant différents styles de parcours
  • Faites tout progressivement. Essayez au maximum de refréner vos envies d'être tout fou en début de saison
  • Tant que vous en serez à votre premier tri, prenez du plaisir avant tout. Une fois fixé sur vos capacités après la première course, vous pourrez viser des objectifs mais au début, c'est totalement foireux de se projeter

Auteur de l’article : gerwazyll

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